La Route

vers les collines

La Gare de l'Est, à Marseille, où les Pagnol prenaient le tramway pour La Barasse.

(photo extraite de "La Provence de Pagnol", par Jean-Paul Clébert)

Le tramway qu'empruntait la famille Pagnol entre

Marseille (gare de l'Est) et La Barasse.

(photo extraite de "La Provence de Pagnol" par J.-P. Clébert)

"Là, nous quittâmes le paysan, et nous allâmes prendre le tramway.

Dans un brillant tintamarre de ferrailles, au tremblement cliquetant de ses vitres, et avec de longs cris aigus dans les courbes, le prodigieux véhicule s'élança vers l'avenir.

Comme nous n'avions pu trouver une place sur les banquettes, nous étions debout - ô merveille ! - sur la plate-forme avant. Je voyais le dos du "wattman", qui, ses mains posées sur deux manivelles, lançait et refrénait tour à tour les élans du monstre, avec une tranquillité souveraine (...).

Alors, les rails luisants s'avancèrent vertigineusement vers moi, le vent de la vitesse souleva la visière de ma casquette, et bourdonna dans le pavillon de mes oreilles : nous dépassâmes en deux secondes un cheval lancé au galop (...).

Mais ce bolide de fer et d'acier, qui nous rapprochait des collines, ne nous y conduisait pas : il fallut le quitter dans l'extrême banlieue de Marseille, et il continua sa course folle vers Aubagne."

(La Gloire de Mon Père).


"Annoncé par le grincement de roues dans les courbes, le tram clignotant surgit enfin de la nuit, et s'arrêta juste devant nous.

Un employé à casquette ouvrit le portillon, et la ruée nous emporta.

Ma mère, mue par deux magnifiques commères, se trouva assise en bonne place sans avoir rien fait pour le mériter : nous autres hommes, nous restâmes debout sur la plate-forme arrière, à cause du volume de nos paquets. Mon père cala le sac contre la cloison et dès le début du voyage, l'entonnoir et la poêle à frire - en dépit des sourdes châtaignes - sonnèrent indiscrètement une sorte d'angélus.

Le tunnel, vaguement éclairé par des lumignons dans des niches, n'était composé que de courbes et de virages : après un quart d'heure de grincements et de cahots, nous sortîmes des entrailles de la terre, juste au début du boulevard Chave, à 300 mètres à peine de notre point de départ..."

(Le Château de Ma Mère).

Les Quatre-Saisons, carrefour sur lequel s'ouvrait

la dernière porte du canal interdit.

(photo extraite de "La Provence de Pagnol" par J.-P. Clébert)

"Il était bien joli ce chemin de Provence. Il se promenait entre deux murailles de pierres cuites par le soleil, au bord desquelles se penchaient vers nous de larges feuilles de figuier, des buissons de clématites, et des oliviers centenaires. Au pied des murs, une bordure d'herbes folles et de ronces, prouvait que le zèle du cantonnier était moins large que le chemin.

J'entendais chanter les cigales, et sur le mur couleur de miel, des larmeuses immobiles, la bouche ouverte, buvaient le soleil. C'étaient de petits lézards gris, qui avaient le brillant de la plombagine (...).

Notre chemin déboucha tout à coup sur une route beaucoup plus large, mais qui n'était pas mieux entretenue.

- Nous sommes presque au rendez-vous, dit mon père. Ces platanes que tu vois là-bas, ce sont ceux des Quatre-Saisons (...)!

Nous arrivâmes devant le bar rustique des Quatre-Saisons. C'était, à la bifurcation de la route, une petite maison cachée sous deux grands platanes, derrière une haute fontaine de rocaille moussue. Une eau brillante, qui sortait de quatre tubes coudés, murmurait à l'ombre une chanson fraîche."

(La Gloire de Mon Père).

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